| Interview exclusive de Lansana Béa Diallo, ancien boxeur et leader du MGN sur Infoguinee : « On est là, on est présent et nous aussi, nous voulons avoir notre place… ! » |
| Par Moustapha Keita | |||||||||||||||||||||||||||
| 13-01-2010 | |||||||||||||||||||||||||||
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![]() Béa Diallo:..On est là, on est présent et nous aussi, nous voulons avoir notre place… !
La rédaction de Infoguinee.com a rencontré l’ancien boxeur, le guinéen Lansana Béa Diallo, parlementaire bruxellois, qui compte bien faire bénéficier son pays de son expérience politique internationale. Aujourd’hui donc, à l’appel de plusieurs mouvements de jeunesse de Conakry, Béa veut s’impliquer dans la recherche d’une voie de sortie de crise en Guinée. Pour cela, il a un discours et une vision qui prônent non seulement les valeurs démocratiques essentielles à tout développement mais aussi et surtout, il exhorte ses compatriotes au dialogue et à la culture du compromis. Son projet pour la Guinée est tout simplement ambitieux et humaniste.
Nous vous invitons à un voyage dans les méandres de la politique guinéenne avec Béa Diallo qui, après avoir gagné des combats épiques en boxe, s’engage sur un autre terrain de combat.
Infoguinee.com : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs même si la plupart d’entre eux vous connaissent déjà ?
Lansana Béa Diallo : Je suis Lansana Béa Diallo. Je suis effectivement un ancien boxeur. Je suis à la retraite maintenant et je suis député au parlement bruxellois depuis 6 ans maintenant ; et président de la plus grande commission du parlement de la communauté française qui est la commission des relations internationales.
Infoguinee.com: Quelle appréciation faites – vous de la situation socio – politique qui prévaut actuellement en Guinée ?
Je dirais que la situation socio - politique en Guinée est assez complexe dans le sens où nous vivons effectivement depuis quelques temps une situation qui est assez difficile, avec des forces politiques et une force de société civile qui sont assez puissantes mais qui, en même temps, ne sont pas assez présentes, pas assez combattantes. Nous avons également une population qui est parfois en dehors de ce combat, qui ne se sent pas nécessairement concernée parce qu’il y a énormément de divisions qui existent encore. Aujourd’hui, il y a effectivement une main tendue de la part de l’armée, du Cndd, qui fait une proposition pour sortir de cette crise qu’on traverse et pour aller vers des élections démocratiques. Je pense qu’il faut essayer d’attraper au bond cette balle qui a été lancée, de s’entendre et d’apporter des solutions qui permettront d’aller vers des élections, enfin, démocratiques en Guinée.
Infoguinee.com: Plusieurs associations et mouvements de jeunes viennent de lancer un appel à Lansana Béa Diallo, l’exhortant à s’impliquer dans le combat politique. Comptez-vous répondre favorablement à cet appel ?
Les jeunes m’ont effectivement appelé depuis longtemps déjà, depuis le mois de juillet. Je suis venu en Guinée et ils m’ont demandé ce que je pouvais faire parce qu’il cherche un vrai leader, parce qu’aujourd’hui la population de la Guinée est composée à plus de 70% de jeunes. Ils se sont dits qu’il faut qu’ils trouvent un leader et que ce leader pourrait être Béa Diallo. Je leur ai répondu que ce je veux c’est d’apporter une harmonie pour que la Guinée puisse sortir de cette crise. Donc que j’allais réfléchir. J’ai réfléchi longtemps et je me suis dit que ce qu’il faut faire en Guinée, ce n’est pas de créer un parti politique mais plutôt un mouvement qui peut être au dessus de la politique, qui peut représenter non seulement les jeunes mais aussi les femmes. Parce qu’en Guinée, les jeunes représentent la population qui a été mise de côté depuis plus de 51 ans, qui a été sacrifiée. A côté de ces jeunes, il y a aussi les femmes qui souffrent énormément de voir leurs enfants ne pas avoir de travail, sans aucune perspective d’avenir. Donc, je pense qu’à travers un plan qui peut regrouper toutes ces personnes autour d’un projet commun, on peut arriver à changer les choses. Mais je pense surtout qu’il faut être au dessus de la politique. C’est pourquoi je dis que c’est un mouvement qui est supra politique et qui va essayer de bousculer un peu les hommes politiques et la société civile en leur disant : « On est là, on est présent et nous aussi, nous voulons avoir notre place non pas quand vous allez manifester car quand on massacre, c’est nous qui sommes devant. Mais nous voulons notre place dans le pouvoir de décision ! ». C’est ce message que j’ai fait passer aux jeunes et j’estime qu’ils y adhèrent à fond parce qu’ils pensent que ce n’est pas en créant un parti politique qu’on va changer la Guinée. Les Guinéens doivent comprendre que le peuple est plus fort que la politique parce que c’est le peuple qui décide, c’est lui qui choisit.
Infoguinee.com: Que pensez – vous des forces vives en général et de cette opposition quelque peu radicale ?
J’admire la position prise par les forces vives où il y a la résistance qui permet aujourd’hui de pouvoir trouver des portes de sortie. Mais je pense aussi que derrière cette résistance, il y a beaucoup de divisions, il y a beaucoup de partis politiques qui ont récupéré cette force vive qui devait normalement être le ciment de la société civile et des syndicats qui ont lancé ce grand mouvement au départ. Mais aujourd’hui, il y a des partis politiques qui en font partie et qui défendent plus particulièrement leur intérêt, la position qui les arrange le plus, en fonction des élections. Et c’est pour cela que nous n’arrivons pas à sortir de cette crise. C’est vrai qu’il y a les forces vives, l’ANR (Alliance Nationale pour le Renouveau) mais de l’autre côté, on a des divisions, même au sein des forces vives. C’est terrible ! Les Guinéens n’ont pas besoin de cela ; les Guinéens ont besoin de parler d’une même voix, nous avons besoin d’être unis pour sortir de cette crise. On a besoin non seulement de l’armée, de la société mais aussi des hommes politiques qui doivent parler d’une même voix parce que la Guinée n’a besoin aujourd’hui que d’un projet pour sortir de 51 ans de galère qu’on traverse.
Infoguinee.com: Pour sortir de cette crise, pensez-vous que Béa Diallo soit une alternative crédible. Autrement dit, que pourriez-vous apporter concrètement à la Guinée ?
Barack Obama disait que l’Afrique n’a pas besoin d’un homme. L’Afrique a besoin de femmes et d’hommes compétents pour la sortir de l’ornière. Et la Guinée est dans ce cas là : La Guinée n’a pas besoin de Béa Diallo, elle n’a pas besoin d’un homme. Les Guinéens ont besoin des Guinéens. Je pense que la situation que nous traversons aujourd’hui n’est pas de la faute de l’armée, des présidents qui se sont succédés à la tête du pays ou des ministres. C’est de la faute à nous tous. Nous sommes tous responsables. Moi, je suis autant responsable que qui que ce soit. Je pourrais trouver des excuses en disant que j’ai essayé de faire des choses en Guinée mais qu’à chaque fois, cela a été stoppé. Mais je me sens aussi coupable et responsable des événements du 28 septembre que tous les autres parce que chaque fois qu’un Chef d’Etat arrive ici, on se met tous dans la rue, on crie son nom et on l’encourage à croire que c’est Dieu qui l’a effectivement choisi. Je suis désolé mais quelqu’un qui arrive au pouvoir, cela doit être le choix du peuple. S’agissant maintenant de ce que je peux apporter à la Guinée, je dirais en toute modestie que j’ai aujourd’hui une expertise au niveau international, j’ai une expérience politique de 6 ans en Europe, dans une véritable Démocratie. Et si cette expérience et ces relations que j’ai au niveau européen peuvent me permettre d’aider mon pays, je les apporterai et je mettrai tout mon poids dans cette entreprise. Si les jeunes de ce pays se retrouvent à travers moi, si les Guinéens se retrouvent à travers le projet que j’essaye de leur apporter et de défendre en Guinée, en un mot l’idéal pour lequel j’ai envie de combattre. C'est-à-dire qu’il y ait une véritable démocratie et que si nous avons envie de choisir un homme, que ce soit les Guinéens qui le choisissent et le choisissent pour une période bien déterminée, à la lumière des promesses qu’il nous a faites. Si ces promesses ne sont pas réalisées, cet homme là sera enlevé et on en choisira un autre parce que ce sera notre choix et notre décision.
Infoguinee.com: Pour en revenir à l’actualité, comment appréciez-vous l’intervention du Général Sékouba Konaté qui, dans son discours, a lancé une perche aux forces vives et à la classe politique guinéenne en générale ?
Je répète qu’il a ouvert une brèche. Pour moi, c’est extraordinaire. Il a tendu une main. Mais cette main tendue, est-ce que ce n’est pas un piège ? Parce qu’aujourd’hui, comme je l’ai expliqué tantôt, il y a des divisions qui sont énormes et il y a des intérêts qui restent très personnels. Moi, j’ai le sentiment aujourd’hui que tout Guinéen, dans cette période de transition, doit mettre de côté ses intérêts personnels et doit penser avant tout à l’intérêt de la nation. Mais le problème, c’est que chacun d’entre eux ne pense qu’à lui-même, se disant qu’il sera demain le prochain président de la Guinée. On n’a pas besoin de 46 présidents ; On a besoin d’un seul président mais on a besoin de plusieurs hommes pour sortir la Guinée de cette ornière. C’est la difficulté qui subsiste aujourd’hui. c’est d’ailleurs pour cela que je suis venu pour faire une proposition de sortie de crise réelle où les jeunes auront leur place dans la prise de décision concernant l’avenir de notre pays parce que l’avenir du pays, c’est nous demain, ce sont nos frères et nos enfants. Mais à côte de cette main tendue que je trouve extraordinaire, il faut dire que ce n’est qu’un discours et des beaux discours, on en a déjà entendu. C’est pourquoi, je dis également que le Guinéen doit arrêter de parler. Aujourd’hui, il doit agir. Donc par rapport aux forces vives, à l’ANR, au mouvement social et à toutes les entités qui existent, nous créons aujourd’hui le MGN (Mouvement pour une Guinée Nouvelle) qui est un mouvement qui va se mettre au dessus d’eux, qui va superviser tout le travail et qui va dire de rechercher le compromis. Vous savez que la Belgique est le pays le plus compliqué au monde mais c’est le pays où il y a le plus de compromis au monde ; et je pense qu’aujourd’hui qu’il faut trouver un compromis en Guinée. On ne peut pas dire à l’armée de rentrer dans ses casernes pendant cette transition. On doit avoir cette armée qui doit être forte, qui peut être demain, une fois que les élections auront eu lieu, le garant de la démocratie parce que si on veut avoir une véritable démocratie, il nous faut une armée restructurée et une armée forte.
Infoguinee.com: Votre dernier mot ou votre message avant de clore cet entretien ?
A toutes les Guinéennes et à tous les Guinéens, une excellente année 2010. Je pense réellement que s’ils le veulent, cette année peut devenir l’année de la démocratie en Guinée. Je voudrais leur dire aussi que les morts du 28 septembre ne doivent pas devenir des martyrs mais plutôt des héros parce qu’ils se sont sacrifiés pour que nous ayons une démocratie. Et si nous voulons la démocratie, nous devons leur rendre le plus bel hommage en répondant positivement à l’appel du Général Konaté qui consiste en la désignation, le plus rapidement possible, d’un Premier ministre et en mettant en place un gouvernement de transition chargé d’organiser les élections dans les 10 ou 12 mois à venir. Je vous remercie !
Propos recueillis par Moustapha Keita
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