Jean Marie Doré:...La commission nationale d'enquête ne mérite pas sa création. Sa compétence n’est pas mise en cause...
"La commission nationale d’enquête pose des problèmes de droit qui ne m’appartient pas de débattre, c’est le Chef qui a demandé de manière autonome au Secrétaire général des nations unies d’envoyer une commission internationale d’enquête. Cette commission est venue, puis la Guinée a cru devoir créer une commission nationale d’enquête pour faire un doublon avec la commission internationale d’enquête" dixit Jean Marie Doré de l'UPG dans ce petit entretien.
Infoguinée : Comment voyez- vous la création de la commission nationale d'enquête indépedante chargée de faire la lumière sur les douloureux événements du 28 septembre 2009 ?
Jean Marie Doré : La commission nationale d’enquête pose des problèmes de droit qui ne m’appartient pas de débattre, c’est le Chef qui a demandé de manière autonome au Secrétaire général des nations unies d’envoyer une commission internationale d’enquête. Cette commission est venue, puis la Guinée a cru devoir créer une commission nationale d’enquête pour faire un doublon avec la commission internationale d’enquête. Personnellement, je n’en vois pas la nécessité, mais si ça faire plaisir aux membres de la commission d’entendre ma version, je le fais parce qu’il s’agit d’une institution créée dans mon pays. Mais ce n’est pas parce que je reconnais à cette commission une autorité quelconque, c’est parce que la commission est nommée par des personnes qui sont elles-mêmes sujettes à interrogation par rapport aux événement qui font l’objet de l’enquête. Alors est-ce que, c’était nécessaire de créer cette commission d’enquête nationale. Quelle sera son autorité par rapport à l’autorité de la commission internationale d’enquête ? En réalité, sans tomber dans un nationalisme de mauvais gallois, cette commission ne fait pas l’unanimité en Guinée et encore moins sur le plan international.
Infoguinée: Pourquoi les forces vives ont refusé de participer à la formation de cette commission nationale d’enquête, est-ce la crédibilité de la commission que vous mettez en cause ?
Le Chef de l’Etat de manière autonome, sans y être contraint par qui que ce soit a demandé une commission internationale d’enquête. La commission a été formé aussitôt par le Secrétaire générale des nations unies, elle a commencé à travailler et puis, on crée une commission nationale d’enquête, je ne vois pas quelque soit la crédibilité, quelque soit l’honnêteté, quelque soit la compétence professionnelle des cadres guinéens dont je connais la plupart, il y a Doura Chérif que je connais, c’est un ami, il est membre de cette commission. Ce n’est pas sa compétence qui en cause, c’est l’autorité de cette commission par rapport à l’opinion nationale et internationale.
Mais comme, elle est créée, comme ils veulent que les gens aillent devant eux, on va aller dire ce que l’on sait.
Infoguinée: Selon les membres de cette commission, les victimes du stade ne se sont pas encore présentées devant la commission. Qu’en dites-vous ?
Comment voulez-vous que les victimes puissent témoigner ? Vous savez, ça me parait un peu puéril cette considération. Mais, c’était prévisible que les victimes n’allaient pas témoigner devant la commission. Ce n’est pas moi qui le veut comme ça. Il est dans la nature des rapports créés par ces événements que les victimes ne pourraient pas aller spontanément devant cette commission. Je le regrette profondément, c’est pourquoi, nous voulons que les institutions de la République fonctionnent normalement. Si elles fonctionnent normalement, elles seront crédibles et la nation sera avec elles crédibles.
Infoguinée: Le président de l’UDG, El hadj Mamadou Sylla a affirmé lors d’une conférence de presse que le forum des forces vives est un regroupement de copains. Selon lui d’ailleurs, c’est pour cette raison qu’il a quitté le forum pour l’ANR, comment les forces vives ont accueilli cette réaction ?
Ils ont adhéré librement aux forces vives, ils sont partis librement. Je ne me permettrai pas d’avoir une opinion. Ça ne fait ni chaud, ni froid aux forces vives. Qu’elle rentre ou qu’elle sorte. Si les guinéens ne peuvent pas être copains entre eux, alors ce sera désespéré. Le souhait ultime de chacun, c’est que les guinéens deviennent tous des amis. Si les membres des forces vives sont des amis, je souhaiterais aussi que tous les membres du gouvernement soient des amis, que tous les membres de la commission d’enquête nationale soient des amis. Il est de la nature philosophique et autre que les guinéens s’attendent et s’aiment. S’ils s’aiment, ce sont des copains.
Comment se porte actuellement le forum de forces vives ?
Parfaitement bien. Vous savez, dans toute structure, il y a le temple et la périphérie. Vous avez des forces centristes, qui ne se sentent pas à lèse parce qu’elles ne comprennent pas pourquoi, telle structure fonctionne. Elles finissent par être prises de tournures. Vous savez, quand vous tournez en rond, après vous avez le vertige et puis ils sortent dedans, ça ne fait, ni chaud, ni froid aux forces vives.
Certains vous qualifient de soi-disant forces vives, qu’en dites-vous ?
Quand les principaux partis de ce pays, sont réunis dans une structure, Les principales centrales syndicales sont dans la même structure, les principales organisations de la société civile, pour ne pas dire la société civile dans son ensemble. Les organisations religieuses, les organisations patronales, les quatre coordinations régionales sont dans une structure. Je crois que le moins que l’on puisse en dire, c’est que cette structure représente les forces vives de la nation.
Le 23 décembre dernier, le CNDD a célébré l’an un de sa prise du pouvoir. Quel bilan faites-vous de cette gestion ?
Il y a une démarche qui est celle des forces vives, qui veulent que la Guinée devienne une République démocratique, une République où les institutions fonctionnent conformément à la loi. On ne navigue pas à vue. Où l’économie n’est pas gérée de manière cohérente, où les finances publiques sont gérées de manière cohérente, où le système bancaire fonctionne de manière cohérent et intégré avec les secteurs économiques. C’est ce que, je souhaite, je ne crois pas que ce soit le cas. Il y a un certain nombre de chose qu’on avait énoncé en décembre et qui ont fait l’unanimité de la population et que certains aspects ont été abordés comme la lutte contre les narcotrafiquants, mais on est resté à mi-chemin, on n’a pas été jusqu’au bout. On n’avait pas annoncé qu’il fallait faire l’audit des gestions passées. S’il n’y a pas eu du tout, de manière significative, c'est-à-dire des personnes qui étaient impliquées dans la gestion à titre principal, n’ont pas été auditées de manière correcte parce que, l’audit, ça doit être faite de manière impersonnelle, conformément à la loi. Je suis venu moi-même intervenir à la radio Famillia pour insister pour que les audits continuent, on n’a plus entendu parler des audits. Il y a beaucoup de chose qui ont été annoncées et dont l’annonce a poussé les forces politiques, les forces syndicales, les forces sociales et morales à apporter un soutien unanime mais au fur et à mesure, il y avait un écart entre l’effet d’annonce et la situation qu’on connaît des gens. Si les forces vives qui étaient le principal support du CNDD, ne rythment plus le pas avec le CNDD, c’est qu’il y a un écart entre le fait d’annonce et la gestion du réel.
Après la 9e session du groupe internationale de contact sur la Guinée, il a été décidé de l’envoie d’une force d’observation qui sera composée de civils et de militaires. Après la rencontre, le Colonel Moussa Kéita, Secrétaire permanent du CNDD a dit qu’aucune force de protection ne viendra en Guinée sans l’accord du gouvernement et du CNDD ?
Ecoutez, la Guinée quelque soit la situation qui prévaut à une structure d’Etat. Ce n’est pas Moussa Kéita qui engage l’Etat guinéen. C’est le Chef de l’Etat qui engage la République de Guinée. Ce n’est pas une manière de prendre la distance par rapport à Moussa Kéita. Mais tant que, ce n’est pas sorti dans la bouche de celui qui incarne la direction de l’Etat, c’est une causerie de salon. Ça n’engage que lui, c’est comme si je décidais que demain, je mettrai de nouveau billet de banque en circulation. Est-ce que, j’ai la compétence d’éditer de billet de banque. Donc, ici la sécurité n’est pas garantie en Guinée. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le constat de tous les jours, les guinéens, les étrangers, les diplomates, tout le monde constate qu’on ne vit pas en sécurité. J’ai été agressé plusieurs fois ici. Est-ce qu’il faut laisser par nationalisme le pays à la merci de ceux qui veulent frapper les gens, prendre leurs biens à leurs guises. Puisse que, la République n’est plus en mesure d’assurer la sécurité des citoyens et de leurs biens, mais la solidarité internationale jouant, il est normal qu’il est une immixtion humanitaire dans nos affaires pour assurer la sécurité des gens. J’entends, des gens dire, non nous sommes le peuple du 28 septembre. Mais tout le monde est peuple du 28 septembre, on n’a jamais dit que parce que on n’est peuple du 28 septembre qu’il faut donné le pouvoir à quelqu’un pour tuer tout le monde. Donc, s’il y a des gens qui confondent leurs gressaillements épidermique avec une saine réflexion par rapport à nos obligations en vers le peuple de Guinée. Ce peuple a droit à la sécurité physique, à la sécurité alimentaire, à la sécurité sanitaire, toutes les formes de sécurités requises pour le bien-être, notre pays y à droit. Mais, si ce n’est pas garanti, nous sommes obligés de faire appel à la solidarité internationale. C’est pourquoi, ce n’est une affaire de s’immiscer dans les affaires intérieures de la Guinée. Si, vous étiez libre de vous promener à Conakry de minuit à 06heures du matin sans que vous ne tombiez sur une bande armée qui vous détruit. Qui pensait à demander qu’un policier vienne du Canada ou de la France pour sécuriser le pays. L’indépendance ne signifie pas qu’on soit des objets que l’on peut mater, modifier à volonté par une autorité auto constituée.
Le Lieutenant Aboubacar Diakité dit Toumba a affirmé sur RFI que le rôle qu’il a joué au stade a été de sauver les leaders politiques. Vous confirmez ?
Moi, je n’ai pas eu affaire à Toumba, il ne m’a jamais sauvé. C’est le ministre Thiègboro qui m’a permis d’être en vie. Je crois, il a aussi sauvé Cellou Dalein Diallo et d’autres.. Mais, je n’ai jamais eu affaire avec M. Toumba.
La commission internationale d’enquête a qualifié de crime contre l’humanité les massacres du 28 septembre et réclame la saisine de la CPI. Q’en dites-vous ?
Les forces vives ont fait une déclaration par rapport à cela. Je vous ramène à cette déclaration.
Croyez-vous à une transition apaisée sans le Capitaine Moussa Dadis Camara ?
Le Président du CNDD, le Capitaine Moussa Dadis Camara est immobilisé à Rabat, suite au coup de feu qui l’a atteint dans les conditions que la presse a rapporté. Il ne peut pas avoir un vide dans l’Etat. Ça n’existe pas, il y a aujourd’hui Konaté qui a annoncé le programme de son intérim, la discipline dans les camps, le respect de la hiérarchie, la défense du territoire, la garantie des frontières et que la pagaille cesse. Est-ce qu’il y a quelqu’un en Guinée, qui ne peut pas adhérer à çà. Donc, je ne vois pas ce que Dadis vient faire là-dedans. Il a dit çà, tout le monde a adhéré à ce que Konaté a dit. Donc, ne m’amène pas à faire une comparaison entre Dadis et Konaté, ce n’est pas mon travail. Il a dit, s’il l’applique, je crois que, ce sera une bonne chose.
Quel sera, selon vous la suite de la médiation du Président Blaise Compaoré au moment où tout semble bloqué ?
La médiation s’était mal engagée, parce que nous avons déposé un mémorandum pour des raisons qui nous échappent, le médiateur n’avait pas cru devoir en tenir compte et il a accordé à l’autre côté plus de droit qu’il n’en demandait. C’est pourquoi, nous avons usé de notre droit d’analyses pour rejeter la totalité de ses conclusions. Après il y a eu des débats entre ses ministres et nous, puis lui-même. Par mon trichement, il a estimé qu’il fallait que l’on reste dans le cadre de la médiation. Nous avons accepté à une condition que nous l’avons renouvelé. S’il les entend ainsi, alors on va continuer, s’il ne les entend pas ainsi, nous allons réévaluer notre position. Dans tous les cas de figure, il semble qu’il y a une évolution sur le terrain politique guinéen. Y a des frémissements sur le terrain guinéen. Nous attendons, une évolution significative, pour nous déterminer pour la suite.
Bientôt 2010, quel souhait formulez-vous aux guinéens ?
Je souhaite que la Guinée, compte tenu de ses possibilités soit gérée de manière à mettre son peuple à l’abri des besoins essentiels que sont, l’énergie, l’habillement, l’habitat, l’alimentation, la sécurité. Ce sont aujourd’hui des denrées quasi-rares dans notre pays et cela n’est pas bien. Quand on va dans les pays comme le Burkina-Faso, un pays sahélo saharien où il y a le courant toute la journée, où la ville est propre, où on ne voit pas les tas d’ordures, ni dans les bas quartiers où l’eau coule à flot dans tous les robinets. Alors que chez nous, quand l’on survole nos côtes, on voit les fleuves et les rivières descendre vers la mer comme des serpents. Alors on ne peut à l’approche de la nouvelle année, de formuler un souhait que la Guinée doit être dirigé d’une manière cohérente, intelligente, patriotique parce que c’est un mot qui est galvaudé de nos jours. Vous voyez quelqu’un qui est entrain d’assassiner, il dit qu’il est patriote. Alors si la Guinée se dote d’institution sérieuse, cohérente, bien intégré et que Dieu lui donne des dirigeants intelligents, compétents, patriotes qui pensent au bien commun, alors je suis convaincus que nous allons tourner la page d’incertitude d’aujourd’hui pour aborder l’année qui vient avec beaucoup plus d’expérience.