Le 3 décembre 2009, quand Toumba Diakité a tiré sur le président Dadis, c'est l'Ambassadrice du Sénégal accréditée en Guinée, Mme Batoura Kane Niang, en concertation avec le Premier Ministre guinéen, Kabinet Komara, qui aura joué un rôle clé dans les préparatifs pour l'évacuation sanitaire de Dadis Camara vers le Maroc. Mais on l'aura compris, Ouagadougou, située très loin, a été préférée au détriment de Dakar, notre voisin. Dans cet entretien avec nos confrères de L'Indépendant, vous en saurez plus !
L'Indépendant : Comment réagissez-vous à l'attentat qui a visé le capitaine Moussa Dadis Camara le 3 décembre dernier ?
S.E. Mme Batoura Kane Niang: C'est un sentiment de profond regret qui m'anime après cet attentat. Parce que la vie humaine est sacrée quelque soit l'individu. C'est la raison pour laquelle à chaque fois qu'il y a atteinte à la vie humaine, c'est un sentiment de profonde désolation qui m'anime. Le gouvernement sénégalais a été le premier à être au chevet du Chef de l'Etat blessé en envoyant un avion médicalisé à Conakry.
Pouvez-nous dire quel est le rôle que l'Ambassade du Sénégal a joué dans ce geste diplomatique ?
Face à cette situation, nous avons joué un rôle d'information et un rôle de coordination. Nous avons d'abord informé les autorités de Dakar au niveau le plus élevé de l'incident qui a lieu. A partir de ce moment, on est entré en contact avec les autorités guinéennes pour voir dans l'immédiat qu'est-ce qu'il fallait faire. C'est sur la demande du Premier ministre guinéen Kabinet Komara que nous avons envoyé un avion pour venir chercher le capitaine Moussa Dadis Camara, avec à son bord cinq médecins de l'armée sénégalaise. C'est donc jusqu'au décollage de l'avion que nous avons coordonné l'opération avec les autorités guinéennes. A dix minutes du décollage [ndlr GCI : de l'avion de Dakar pour Conakry], nous les avons informés que l'avion allait décoller bientôt. Nous nous sommes donc entendus sur l'arrivée de l'avion avec l'équipe médicale pour voir sur place ce qu'il fallait faire. Parce que les médecins avaient pu déceler que la balle n'avait pas atteint en profondeur le capitaine Moussa Dadis Camara. Et donc, il ne fallait pas l'évacuer. Mais, compte tenu des risques qu'il ne fallait pas prendre, nous avons quand même estimé qu'il fallait que les médecins viennent sur place. Pour que, ensemble, avec les médecins guinéens, ils puissent voir ce qu'il fallait faire. C'est dans cette optique qu'un Fokker de l'armée sénégalaise a été envoyé pour venir d'abord diagnostiquer l'état réel de santé de Capitaine Moussa Dadis Camara. Et éventuellement, voir la possibilité de son évacuation vers Dakar. C'est donc l'option de l'évacuation vers Dakar qui a fait qu'on a envoyé l'avion de l'armée de l'air. - Finalement le Président [ndlr GCI : Dadis] a été évacué par un avion burkinabé.
N'avez-vous pas été frustrée ?
Non, pas du tout. Parce que l'objectif premier était d'abord de sauver la vie du capitaine Dadis Camara qui se trouve être le Chef de l'Etat guinéen. Vous savez quand même que c'est un Chef de l'Etat qui est atteint. L'autre élément qui a fait que nous n'avons aucune frustration à ce niveau, c'est que les conditions matérielles du voyage ne permettaient pas au Fokker de l'armée sénégalaise de l'évacuer vers le Maroc. A un moment, il fallait voir est-ce qu'il fallait l'évacuer vers le Sénégal. Mais, sa famille étant au Maroc, il a été décidé de l'évacuer sur Rabat. Ce trajet risquait d'être très long pour le Fokker. En outre, les conditions étaient plus confortables dans l'avion burkinabé. Si on l'envoyait à Dakar, c'est toute sa famille qui allait le rejoindre là-bas. C'est pourquoi, nous, nous n'avons trouvé aucun inconvénient. Pour preuve, c'est avec les médecins sénégalais qu'il a été évacué. Mieux, ce sont les médecins sénégalais qui ont travaillé avec les médecins marocains pour la prise en charge médicale du capitaine Moussa Dadis Camara. Donc, nous n'avons aucune raison de nous sentir frustrés. Nous pensons qu'à chaque fois qu'il est possible de sauver la vie d'un homme, il faut le faire. Je rappelle que ce que nous avons fait aujourd'hui avec le Capitaine Moussa Dadis Camara, le Sénégal l'a fait avec le professeur Alpha Condé pour des raisons politiques. Quand le professeur Alpha Condé s'est retrouvé au niveau de l'Ambassade du Sénégal, c'est notre ministre des Affaires Etrangères à l'époque qui est venu négocier avec le général Lansana Conté pour envoyer le professeur Alpha Condé à Dakar. Nous l'avons également fait avec Cellou Dalein Diallo pour raison médiale. Donc, c'est la preuve que le peuple du Sénégal et le peuple de Guinée sont des peuples frères, qui sont liés par l'histoire, la géographie, la culture et le sang. A chaque fois qu'il y a un problème en Guinée, le Sénégal est prêt à venir vraiment en aide afin de trouver des solutions. De la même manière que nous avons pris Alpha Condé par le passé, Cellou Dalein Diallo récemment, et aujourd'hui le capitaine Moussa [ndlr GCI : Dadis] Camara, et éventuellement demain une autre personne. Parce que quand il y a eu les événements de janvier-février 2007, le président Abdoulaye Wade a dépêché deux avions pour venir chercher les blessés guinéens et les envoyer à Dakar. C'est donc vous dire que c'est un problème de fraternité qui est là. Ce sont deux peuples qui partagent un destin commun. C'est pour quoi nous n'avons aucune frustration. Au contraire, nous sommes heureux que les choses se passent pour le mieux. »