Rappeur sénégalais, panafricain convaincu, pionnier du mouvement hip hop en Afrique, co-fondateur du groupe Positive Black Soul avec lequel il s’est d’abord fait connaître à la fin des années 90, Didier Awadi est devenu, de nos jours, l’un des porte-parole les plus écoutés de la jeunesse africaine. Connu pour ses textes critiques et ses prises de position militantes, Awadi vient d'accorder une interview à nos confrères du Lynx dans laquelle il a parlé de la Guinée, de Dadis et de ses conviction. Lisez un extrait !
"Je pense que Dadis, c'est la plus grande déception de l'Afrique en ce moment. le premier jour, j'ai failli aller le voir tellement que j'étais heureux. J'avais l'illusion d'un Sankara. Mais je m'étais rendu compte qu'il n'était qu'il n'était qu'une illusion de Sankara. J'espère qu'il va rester juste une illusion dans l'histoire de la Guinée. La Guinée a tellement produit des intellectuels valeureux et vertueux. On ne peut pas comprendre que jusqu'aujourd'hui on n'arrive pas à s'en sortir. Il a trahi la confiance, il a trahi son peuple. Il n'est pas là pour les intérêts de son peuple, il a beau faire ses Dadis- shows, il pêche même s'il le fait quelque part avec sincérité. Mais, il pêche.
"Je pense qu'il doit avoir le courage de dire : "je me retire". Je pense que les forces vives et la population doivent l'aider à partir, en lui disant que tu n'iras pas au tribunal pénal international. Mais de grâce, quitte, parce que tu ne peux pas. Quand tu te mets devant ton peuple, et tu dis que tu ne peux pas gérer ça, je ne peux pas gérer tes hommes, alors quitte l'armée déjà. Si tu ne peux pas gérer ton armée, ton bataillon, autour de toi, c'est la débandade. Tu ne peux pas aller au combat, au front. Tu ne peux pas être leader, si autour de toi, dans ton proche entourage, tu n'es même pas leader, tu ne peux pas être leader d'un pays.
"Et puis, il faut arrêter de jouer. Le forestier contre le Peulh, ça n'a aucun sens. La Guinée n'a pas ce problème- là. Il ne faut pas jouer avec ce concept. je parle de la Guinée, parce qu'on est tous liés, on a une communauté de destin. Si ça pète en Guinée, ça pétera au Sénégal, en Gambie, partout où il y a des gens sensibles autour de la Guinée. On ne peut pas laisser la Guinée péter parce qu'on a tous un devoir de solidarité avec tous les frères guinéens et tous ces gens qui sont morts le 28 septembre. On a un devoir de mémoire par rapport à eux. Pour ne pas qu'ils soient morts pour rien. Je pense que la meilleure façon est d'aider Dadis et la junte à partir et renter dans leurs camps, rester militaire et laisser la politique aux vrais politiciens, aux gens qui savent gérer la cité.
"Il n'y a pas de raison d'avoir peur. La seule chose qui est sûre dans notre vie, c'est qu'on va mourir. La manière peut être brutale, subite, mais au finish, la seule certitude est qu'on va mourir. Donc, on n'a pas droit d'avoir peur. Je ne vois pas de quoi je vais avoir peur. Je n'insulte personne, n'agresse personne, n'empêche personne de faire ce qu'il veut. Je suis un libre penseur, un libre diseur, un petit activiste musical. On n'a qu'à me prendre comme un petit musicien. Je ne peux pas faire peur à quelqu'un : je n'ai pas peur"
"Je prie pour que la paix revienne en Guinée, que les militaires retournent dans les acsernes, que les forces vives monterent une certaine matrurité pour construire ce pays.....
Né en 1969 à Dakar d'un père originaire du Bénin, Didier Awadi est le pionnier du mouvement rap au Sénégal et plus largement en Afrique de l'Ouest, en fondant en 1989 le groupe Positive Black Soul, les PBS, avec Doug-E-Tee (Amadou Barry). Leur premier succès sera Boul Faalé, album sorti en 1994.
Après près de treize années passées au sein du PBS, il sort, en 2002, son premier album solo intitulé Kaddu Gor, ( qui signifie Parole d'honneur en français), des remixes de Salif Keita, d'Alpha Blondy, d'Omar Pène. L'opus lui vaudra d'être le prix RFI Musiques du Monde, en 2003. Un autre prix lui sera remis en 2004 au Mali, le Tamani d’or du meilleur musicien de rap africain.
En décembre 2004, Awadi sort sur le marché international du disque français son second album solo, "Un autre monde est possible", qui est un vibrant plaidoyer pour des politiques plus humaines et une plus grande considération du tiers monde. Une sorte de condensé des critiques et espoirs du rappeur qui a repris à son compte la devise des altermondialistes. Sur la chanson "Stoppez les criminels", il chante en duo avec le reggae man ivoirien, Tiken Jah Fakoly, qui milite pour les mêmes causes. En retour, Tiken Jah invitera Awadi sur son album "Coup de Gueule" dans le morceau "Quitte le pouvoir."
Nommé au grade de Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres par le Sénégal et la Farnce, Didier Awadi effectuera entre mai et juin 2005 une tournée africaine dans treize pays du contient. En juillet 2006, il sort son troisième album intitulé "Sunugaal" sur le marché sénégalais, dans lequel il évoque les raisons qui poussent les jeunes africains à l’émigration clandestine, tout en accusant les dirigeants de son pays qui n’ont pas tenu leurs promesses.
Il vient de demontrer sons sens de l'intégration africaine en mettant sur le marché en 2007 un album ''Présidents d'Afrique'' regroupant les rappeurs africains et les voix des présidents après les indépendances.