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Monsieur Mamoudou Diallo: “Il serait utile aujourd’hui d’encourager les populations à défendre elles mêmes leur brousse contre les agresseurs” Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Abdallah Balde   
01-08-2008

Monsieur Mamoudou Diallo: “
Il serait utile aujourd’hui d’encourager les populations à défendre elles mêmes leur brousse contre les agresseurs”


A la marge des travaux de la quinzaine nationale de la centralisation organisée à Conakry par le gouvernement, les 21 et 22 juillet 2008, nous avons rencontré le Président de la Communauté Rurale de Développement de Koumbia. Cette CRD réputée pour  ses réalisations et l’intensité de ces activités est, avec son électrification rurale quoi que chère, parmi les plus avancées des huit Sous-préfectures de Gaoual dans la Région de Boké. Notez que Koumbia qui n’a aucun réseau téléphonique et pas d’adduction d’eau avec ses pistes rurales qui laisse à désirer est située sur la nationale non bitumée de Boké-Labé, à près de 450 km au Nord de la capitale guinéenne et à 35 km au chef lieu de la préfecture.

Monsieur Mamoudou Diallo est instituteur, ancien Directeur Sous-préfectoral de l’Education (DPSP) à la retraite et grand planteur, élu Président de la CRD sur la liste majoritaire PUP (9/13 conseillers) en 2006 est réputé pour sa rigueur dans la gestion de la chose publique. Il revient ici sur l’organisation de cette quinzaine de la décentralisation et fait le point de la situation sur les différents chantiers ouverts par la CRD. Il apporte la lumière sur d’autres sujets et ses projets avant la fin de son mandat sans oublier l’épineux problème de la flambée des prix et la dégradation de l’environnement à cause de la coupe abusive du bois par des gros bonnets du pouvoir. Suivez…

Infoguinee : Pouvez-vous nous parler de votre séjour à Conakry et de ce que vous avez appris de cette quinzaine de la décentralisation ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
Notre séjour à Conakry est lié à notre responsabilité à la tête de la CRD de Koumbia. A cet effet, nous avons reçu l’invitation de notre ministre en charge des collectivités et du développement local pour prendre part à ce grand rassemblement, premier du genre dénommé quinzaine nationale de la décentralisation. A l’occasion, nous avons acquis de nouvelles connaissances et repartons sur des bases plus solides pour la gestion efficace de nos collectivités.  

Infoguinee : Peut-on savoir combien de personnes avaient pris part à cette assise et les conclusions auxquelles vous avez abouti ?
Monsieur

Mamoudou Diallo :
Il y avait les 304 Présidents de CRD ou leurs représentants, les 38 maires du pays ou leurs représentants. Il y avait aussi beaucoup observateurs dans la salle. Ce forum très important a regroupé tout ce beau monde et touché tous les grands aspects liés à la gestion des collectivités.  

Infoguinee : Parlez-nous des grandes lignes que vous avez tirées de cette rencontre ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
Il s’agit de nous repositionner sur de nouvelles bases afin d’organiser nos collectivités et ses composantes sociales pour une meilleure participation.  

Infoguinee : De façon plus précise, qu’est ce qui a été dit de la participation communautaire dans la gestion des collectivités ?
Monsieur

Mamoudou Diallo :
Nous avons réalisé que la participation de la communauté dans la gestion de leur collectivité était un moyen plus sûr d’atteindre des résultats probants. Il faut amener les populations à contribuer et à s’impliquer pour le développement de leur localité. Avec cette méthode participative, vous conviendrez avec moi, que chacun pourra apporter sa contribution pour développer la nation. Ainsi le travail qui revient aux conseillers communautaires se résume à l’organisation et à l’impulsion de l’action communautaire.  

Infoguinee : L’un des principaux handicaps à l’implication des populations dans les actions de développement se situe au niveau de la gestion des fonds mobilisés. Aviez-vous débattu sur ce point ?
Monsieur

Mamoudou Diallo :
En ce qui nous concerne, avant la grève, notre gestion était complète. Mais depuis ces mouvements sociaux, nous avons des problèmes. Nous manquons d’un secrétaire communautaire. Le notre est maintenant sous-préfet. Depuis donc janvier 2007, personne ne joue le rôle de secrétaire communautaire, le nôtre ayant été frappé par les manifestants avait pris ses distances. Et notre CRD patauge sur ce point. Des documents importants ont été brûlés et sont toujours non reconstitués, faute de secrétaire communautaire. Qu’à cela ne tienne, la transparence dans la gestion des fonds publics chez nous est une religion. Si tu sais que l’argent qui est mobilisé est la sueur de ton prochain et n’est pas destiné à toi, si tu le touches tu auras failli à ta mission de responsable. Nous pensons avant tout qu’un responsable doit donner le meilleur exemple si non le bon exemple dans toute gestion à sa charge. Autrement, nous sommes des croyants et savons que nous sommes des mortels et donc devrons un jour rendre compte à notre créateur au moins.  

Infoguinee : Maintenant, pouvez-vous nous parler de vos réalisations à la tête de cette CRD ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
Depuis notre accession à la tête de la CRD en 2006, je commencerais par notre première année qui n’a pas été facile. Au moment de notre élection, beaucoup de taxes étaient rentrées et nous n’avons pas pu les récupérer. Néanmoins, nous avons travaillé avec les moyens à bord. Ce qui nous a permis de terminer le centre Nafa dont les travaux étaient exécutés à 75% par nos prédécesseurs. Nous avons achevé également le poste de santé de Kembéra (un des 16 districts de la CRD). Nous avons fait beaucoup d’autres participations aux populations. Il faut ajouter la rénovation des bureaux de la sous-préfecture, du bloc administratif et les bureaux de la CRD qui avaient été sérieusement endommagés par la grève. Ces travaux qui ne sont pas entièrement achevé ont coûté environ 75 millions de nos francs. Il y a une autre tâche qui nous attend c’est l’équipement. Il est criard et nous sollicitons l’appui de toutes les bonnes volontés.  

Infoguinee : Peut-on connaître le montant de votre budget ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
Il est équilibré en recettes et dépenses à 81 millions. (ndlr : dans ce budget d’investissement de 60% et de fonctionnement de 40%, il y a 13 millions qui reviennent aux districts comme ristourne et 6 millions aus sous-préfectures, dans le cadre de la nouvelle répartition de la contribution pour le développement locale « CDL »)  

Infoguinee : Parvenez-vous à faire un recouvrement intégral ou pas ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
Non, nous n’arrivons pas à couvrir entièrement ce montant. Pour 2007, nous avons recouvré en totalité la CDL, mais nous n’avons pas pu le faire pour les autres taxes. Surtout qu’il y avait eu la grève. Malgré tout, nous nous réjouissons d’avoir participé à la construction d’une école de trois classes à Kembéra, une autre à Koumbia II. Comprenant chacune une direction, des latrines et une clôture en grillage grâce au concours du PACV qui a financé ces ouvrages à hauteur de 80%.  

Infoguinee : Parlons maintenant de la flambée des prix caractérisée une crise alimentaire sans précédent. Quelles sont les mesures que vous avez entreprises à ce niveau pour atténuer la souffrance de vos citoyens ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
A ce niveau, il n’a pas été du tout facile pour la CRD. Nous regrettons de n’avoir pas pu trouver des solutions réalistes. Ici comme ailleurs, les augmentations des prix dépendent essentiellement des populations. Ce sont les populations qui augmentent les prix et si nous essayons d’intervenir pour demander une certaine stabilité ou des prix assez raisonnables, elles créent la rareté.   

Infoguinee : Pourtant, vous avez pu faire respecter le prix du kilo de viande et de la miche de pain. Comment avez-vous réussi à atteindre ce résultat ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
Nos bouchers, il arrive des moments où ils se sentent trop indépendants. C’est la même chose pour nos boulangers. Nous avons dit qu’il ne faut pas permettre que l’inacceptable se produise sur nos populations. Nous avons discuté et fixer le prix du kilogramme de viande à 8 mille fg et la miche de pain à 1500 fg. Cela n’a pas été facile au départ. Mais Dieu merci, nous sommes parvenus à nous faire entendre autour de ces prix avec les bouchers et les boulangers pour soulager tant soit peu nos pauvres populations. C’est vrai qu’au départ, les bouchers voulaient vendre beaucoup plus. Ils ont déserté un moment et ont fini par revenir à la table de négociation. Et c’est ce prix qui reste valable à Koumbia.  

Infoguinee : Maintenant, parlons de l’environnement au sein de votre CRD. Koumbia est comme vous le savez, très menacé par la sécheresse à cause principalement de la coupe abusive du bois. Avez-vous déployé des efforts pour freiner ce drame environnemental ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
A ce niveau, je suis écoeuré. Le couvert végétal de notre CRD est sérieusement menacé par les tronçonneurs. Pour pallier à ce phénomène, nous avons décidé en conseil communautaire de faire des tournées dans toutes les localités de nos districts pour sensibiliser nos populations à la base. Nous avons dit aux populations que toute personne qui viendra avec une tronçonneuse de nous en informer. Nous avons même menacé de suspension ou de limogeage tout élément ou responsable qui accepterai la déforestation dans son secteur.  

Infoguinee : Malheureusement à ce niveau, il y a des responsables qui seraient impliqués. Et quelle a été votre implication contre le phénomène ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
Comme vous l’avez dit, nous avons tout fait. Il y a eu un arrêté conjoint ministériel venu de Conakry qui interdit la coupe du bois. Des mesures contre la coupe du bois ont été prises et répertoriées au niveau des préfectures. Et les bois coupés devraient être saisis et revendus par les services de l’Etat à la base. Mais malheureusement, d’autres contre décisions signées des memes personnes sont venues de Conakry pour permettre à certains de ce lancer dans cette activité lucrative. Ce problème est aussi grave que dangereux pour notre environnement. La vente du bois dans d’autres préfectures et voir même dans d’autres pays, expose notre pays à la secheresse avec toutes ses conséquences. Il serait utile aujourd’hui d’encourager les populations à défendre elles mêmes leur brousse contre les agresseurs. Les tronçonneurs doivent être chassés de façon parfois méchante puisqu’ils refusent de réaliser le drame auquel le pays va être exposé sous peu sous l’effet de leurs activités. Déjà, nous enregistrons depuis deux saisons, un retard considérable des pluies. Ce sont des signes assez inquiétants qui montrent à quel point il faut lutter contre ce phénomène.  

Infoguinee : Il n’y a pas que la coupe du bois. A côté, la prolifération des fours à briques cuite est également un véritable fléau contre la nature. Que faîtes vous à ce niveau aussi ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
Justement ce problème là, grâce au projet armes légères, est entrain de trouver une solution. Ils ont envoyé chez nous des machines pour la confection des briques en terre stabilisée. Donc sans l’usage des fours et du bois. Nous avons formé trois groupements de jeunes à Wouppirdé, Sarébagui et Madina. Et ça évolue bien.  

Infoguinee : Pour finir, parlez-nous de votre programme d’ici la fin de ce mandat et dites nous si vous souhaitez vous représenter à nouveau ?


Monsieur Mamoudou Diallo :
Il y a d’importants projets qui me tiennent à cœur. Il s’agit du lycée de Koumbia, promis par l’Ambassade du Japon que nous saluons de passage et renouvelons notre appel pour le démarrage des travaux. Nous souhaitons aussi doter une direction et un magasin au collège de Koumbia. Faire un bâtiment de trois classes pour l’école primaire de Bembela. Je souhaite aussi voir réaliser la radio communautaire de Koumbia avec l’aide du projet armés légères auquel nous adressons toute notre reconnaissance pour les multiples efforts déployés dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie de nos populations. Pour terminer, je dirai que je ne suis pas chaud pour un second mandat. En attendant, je m’atèle à la réalisation des travaux que je viens de vous citer. Et le reste viendra.  


Interview réalisée le dimanche 27 juillet 2008 par Baldé Abdallah, pour Infoguinee.com




 
 





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